Perrine Simon-Nahum | Série Hannah Arendt | Philosophes | Ali Baddou (prod.) | France Inter | 3 juin 2025
Hannah Arendt a révolutionné la compréhension du totalitarisme. De son analyse des “origines du totalitarisme” à sa théorie de “la banalité du mal”, la philosophe Perrine Simon-Nahum, Directrice de recherche au CNRS et professeur attachée au Département de Philosophie de l’ENS, décrypte cette œuvre majeure qui interroge notre capacité à “habiter le monde” ensemble.
Les trois épisodes de la série sont disponibles en ligne.
- La banalité du mal : une révolution conceptuelle
Le procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem (1961) amène Arendt à forger le concept de “banalité du mal”. Loin d’être un monstre, Eichmann apparaît comme un fonctionnaire médiocre ayant commis l’irréparable par “pure absence de pensée”. Cette analyse provoque un scandale considérable, certains allant jusqu’à questionner ses positions dans des titres comme “Hannah Arendt est-elle nazie ?”.
Sa réflexion ne relève pas du journalisme, mais constitue une interrogation philosophique sur le jugement. Eichmann est coupable d’avoir “refusé de penser le monde en relation avec les autres” et d’avoir “dénié aux Juifs la possibilité de vivre dans un monde commun“. Cette approche révèle l’échec du procès à comprendre véritablement la nature du totalitarisme.
- Repenser les conditions de l’homme moderne
Dans Condition de l’homme moderne (1958), Arendt propose une critique de la modernité à travers l’analyse du vol du Spoutnik. Elle s’inquiète de cette “évasion des hommes hors de la prison terrestre“, y voyant une fuite de la condition humaine plutôt qu’un progrès.
Elle définit trois piliers de l’activité humaine : le travail (réponse aux besoins biologiques), l’œuvre (fabrication d’artefacts qui survivent à leur auteur) et l’action (niveau politique essentiel). Cette dernière permet “d’accueillir le nouveau” et constitue le plus haut accomplissement humain. Sa critique de la modernité porte sur la réduction de l’homme au statut de travailleur-consommateur, privé de sa capacité d’action politique.
- Les droits de l’homme repensés
L’expérience personnelle d’Arendt – dix-huit ans d’apatridie – nourrit sa réflexion sur les droits humains. Dans son essai Il n’y a pas un seul droit de l’homme (1949), elle critique la Déclaration universelle des droits de l’homme, démontrant que les droits ne sont pas attachés à la nature humaine mais à l’appartenance politique.
Elle développe le concept de “droit d’avoir des droits”, montrant qu’être humain ne suffit pas : il faut appartenir à une communauté politique pour exister juridiquement. Cette réflexion, nourrie par l’analyse du sort des apatrides après les deux guerres mondiales, révèle l’échec de l’universalisme abstrait des Lumières.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
anthonydekhil (7 juin 2025). Perrine Simon-Nahum | Série Hannah Arendt | Philosophes | Ali Baddou (prod.) | France Inter | 3 juin 2025. PhilOfr. Consulté le 6 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/142nl


















